Comment perçoit-t-on le temps ?

Le symbole « * » indiquera que le mot est défini dans le Lexique.

Cliquer sur l'image pour agrandir.

(image ci dessous : Pour la SCIENCE : Le temps est-il une illusion ? mensuel n°397 novembre 2010)

Le cerveau est une horloge biologiquePour l’Homme, la mesure du temps se déroule selon un principe simple qui est celui d’interrupteur/accumulateur. Ce principe a été démontré en étudiant le dysfonctionnement de certaines régions. Ce genre d’expérience permet de savoir si une région est essentiel à l’estimation du temps, notamment grâce à la propriété de scalarité: c'est-à-dire que pour une durée de une seconde, l’erreur des différents sujets est d’environ 100 millisecondes (en moyenne) et pour une durée de deux secondes l’erreur est de 200 ms (en moyenne), on l’utilise comme signe du bon fonctionnement du complexe permettant de mesurer l’écoulement du temps. Le temps biologique est une accumulation d’impulsions neuronales, le nombre d’impulsions est stocké dans un registre mémorial, plus le nombre d’impulsions enregistré est grand, plus la durée est jugée longue (la vitesse des impulsions varie). La durée est encodée par des réseaux de neurones présents dans le cortex. Tous les neurones ne sont pas activés, les réseaux de neurones activés dépendraient de la modalité sensorielle du stimulus dont on doit évaluer la durée. Cette base neuronale accélère ou ralentit suivant notre attention. L’Homme est également capable d’estimer des durées qui ne correspondent à aucun rythme biologique donné (expérience : par exemple appuyer sur  un bouton lorsque l'on croit que la durée à estimer s'est écoulée  fait intervenir des durées variables).

Notre perception du temps change avec notre état interne (émotions ou autre) ce qui modifie la « vitesse » de l’horloge interne (soit le nombre d’impulsions baisse (le temps paraît plus court) soit il augmente (le temps paraît plus long)) le jugement temporel fluctue suivant nos émotions (ex : une personne qui a la phobie des araignées voit le temps passé plus lentement en présence d’une araignée par apport à une personne qui n’a pas la phobie de araignées). Mai aussi avec le type de tâche, c'est-à-dire ennuyeuse ou intéressante puisque lorsqu’on s’ennuie on a plus l’habitude de faire attention au temps qui passe pour « évaluer la durée qui nous reste à nous ennuyer », c’est un réflexe. On se concentre donc davantage sur le temps, on porte notre attention sur les impulsions qui s’accumulent (sans en être conscient), le rythme de l’horloge interne s’accélère et on a la sensation que le temps est anormalement plus « long ». Inversement lorsqu’on réalise une tâche qui est intéressante pour nous. De même, plus on réalise de tâches en même temps plus le temps passe vite et inversement. On a aussi observé que plus on vieillit, plus le temps « passe » vite car l’activité du système nerveux ralentie en fonction de l’âge, c’est aussi dû au fait que lorsqu’on atteint un certain âge, on n’a pas envie que le temps « passe » (notamment par peur de la mort) : on pense moins au temps et il passe donc plus vite. On sait aussi que notre horloge s’adapte à notre environnement, par exemple, face à une personne âgée notre horloge interne ralentie pour s’adapter à la personne qui se situe en face de nous. De la même façon, notre temps s’adapte à l’expression faciale : elle ralentit devant une personne qui est en colère ou qui éprouve de la tristesse et au contraire elle s’accélère en face d’une personne joyeuse. En effet il existe des émotions primaires telles que la colère, le dégoût, la joie, la peur ou la tristesse propre à modifier nos caractéristiques cérébrales. Notre horloge interne est un compromis entre notre temps, le temps des autres et le temps « produit » par une horloge.

L’horloge interne peut également accélérer lorsqu’on se sent en danger, dans le but d’améliorer le temps de réaction. Par exemple, une expérience consiste à lire un afficheur numérique clignotant beaucoup trop vite pour être déchiffré dans des conditions normales alors que le sujet testé saute en chute libre dans le vide avant d’atterrir dans un filet de sécurité. Il a été observé que certains sujets avaient réussit à lire cet afficheur numérique alors qu’ils étaient incapables de le lire dans une « situation normale »[1]. En effet, en situation normale le cerveau humain voit environ 30 images par seconde mais en situation d’urgence cette fréquence augmente, le cerveau analyse et mémorise d’avantage d’informations ce qui crée cette impression. Ce phénomène est essentiel à la survie dans des cas extrêmes. Cette simple expérience permet de nous interroger sur notre propre « rapport au temps » mais aussi sur la complexité de notre cerveau.

 

Pour les souvenirs, le cerveau oublie la durée de l’événement il se base donc sur le nombre d’informations qu’il possède, le jugement est rétrospectif, on parle d’un système mnésique.

 

Des maladies peuvent perturber ce système puisque lorsqu’on évoque le temps, nous avons besoin de deux « durées » indéfinies : le passé, le futur et d’un instant singulier : le présent. Par exemple, les toxicomanes sont généralement impulsifs. Ce qui fait qu’ils ont une mauvaise perception du futur, ils se focalisent sur le présent (on peut comparer cela a une « myopie » du futur). Le temps passe donc plus lentement puisqu’il est focalisé sur le présent. Ceci leurs empêche de se projeter dans le futur, ils ne peuvent donc pas repousser une gratification (ils ne peuvent pas se passer de drogue qui pour eux est un plaisir). Chez les schizophrènes la perception des durées est fortement modifiée car ils ne perçoivent pas les millisecondes…

 

On peut donc affirmer ici qu’il existe bel est bien « deux temps » le temps psychologique et le temps physique (voir partie II). Ces deux temps sont différents l’un de l’autre :

  • Il existe une différence de régularité : l’écoulement du temps psychologique varie : il semble parfois ralentir, parfois accélérer … c’est pour cela que nous devons porter une montre au poignet, l’heure affichée par nos montres étant considérée comme s’écoulant de façon régulière (voir partie II). Ces variations d’écoulement sont influencées par notre humeur, par l’âge, notre attente de quelque chose c'est-à-dire que « l’écoulement du temps » psychologique est influencé par les phénomènes et événements qui nous entours et auxquels nous sommes confrontés.
  • Mais aussi une différence de la notion de présent : comme nous le verrons dans la partie II, le « présent » du temps physique n’a pas de durée alors que le « présent » du temps psychologique lui, « s’étale » dans une durée car il rassemble l’instant présent physique avec le passé proche et le futur proche, c'est-à-dire qu’il anticipe l’avenir tout en gardant en mémoire une partie du passé.

De plus, un sujet ne se rend compte d’un changement qu’une fois celui-ci passé, il existe un léger décalage entre l’instant où se produit le phénomène et le moment où celui-ci est « intégré par la personne ».

 

En bref, l’analyse de ce phénomène par les neuroscientifiques est complexe étant donné qu’on a pu mettre en évidence que plusieurs régions du cerveau sont utilisées dans « l’estimation du temps psychologique » (comme par exemple le cortex frontal ou bien le cervelet).



[1] Expérience issue de Mon corps ce héros. Le cerveau Documentaire (France 5)

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site